Quand j’étais petit, je voulais être … banal

Et si ce classique de l’orientation professionnelle s’avérait désespérant pour la plupart d’entre nous ?!

Se rappeler ses rêves d’enfance ou encore ces choses qu’on faisait spontanément pendant ces années d’innocence est un classique dans la réflexion sur une possible réorientation professionnelle.
Pourtant, ce souvenir peut se révéler cruel pour tous ceux qui n’y trouvent pas de révélation ou de souvenir marquant.

J’avoue, j’aime bien cet exercice : interroger mes souvenirs d’enfance pour y dénicher des indices sur un moi « authentique », avant les formatages successifs des études et de l’entreprise. Qu’est-ce que j’aimais, qu’est-ce qui m’intéressait, qu’est-ce que je faisais pendant des heures avec plaisir ? Il y a, dans ces images, le fantasme de goûts innés et profonds qui étaient là depuis le début et que j’ai probablement ensevelis sous des couches de conformisme.
J’aime aussi cet exercice parce que j’ai de la matière ! J’écris dans des journaux intimes depuis que j’ai 5 ans et trouve dans ces chroniques mal orthographiées de la matière brute sur « qui » j ‘étais. Et puis, j’ai grandi dans une famille qui aime entretenir les vieux souvenirs, à travers ces mêmes récits répétés inlassablement aux repas de famille ou les albums photos soigneusement rangés dans la bibliothèque des grands-parents.

Mais qu’en est-il quand ces souvenirs sont inaccessibles ? Ou quand ils n’ont aucun relief ? C’est au fil de mes coachings que j’ai découvert le désarroi de toux ceux qui ne trouvaient aucune réponse dans l’enfance.

Je me sens comme une coquille vide

Pour tous ceux qui n’ont pas de souvenir marquant et décrivent une enfance « classique », cet exercice peut leur donner l’impression d’être banal(e), sans personnalité, sans rien qui les rendent spécial(e). Je me rappelle ainsi une jeune femme qui, après avoir cherché des indices dans l’enfance en vain, s’était effondrée en lâchant « je me sens comme une coquille vide ».

Je n’avais pas de rêve

Et puis il y a tous ceux qui n’ont pas accès à cette matière parce que les souvenirs n’ont pas été entretenus. Par pudeur ou culture familiale, les récits n’ont pas porté jusqu’à l’âge adulte ce monde trop vite oublié. L’enfance devient alors une zone brumeuse, un souvenir incertain dont on finit par croire qu’il n’avait rien de mémorable. Beaucoup m’ont ainsi déclaré « je crois que je n’avais pas de rêve ». Il est pourtant plus probable qu’à la façon des rêves nocturnes, certains s’en souviennent au réveil, d’autres pas, mais tous assurément en font dans leur sommeil.

Je voulais être footballeur professionnel

Enfin il y a tous ceux qui se rappellent beaucoup choses mais ne savent pas trop qu’en conclure. « Je voulais être footballeur professionnel ». « Je passais des heures à jouer à la Barbie dans ma chambre ». « Je parlais en chantonnant et marchais en sautillant »… des images réconfortantes et joyeuses qui ne nous aident pas forcément à imaginer notre prochain projet professionnel. Surtout qu’il peut être risqué d’interpréter trop vite une enfance passée à jouer à la maitresse comme une invitation à rejoindre l’Éducation nationale.

Alors on fait quoi ??!
Je recommande de continuer à farfouiller dans la malle de son enfance à la recherche d’indices précieux, ou bien juste pour le plaisir de se reconnecter à cette personne à la fois proche et inconnue. Cet enfant peut avoir des choses à nous dire qui éclaireront notre réflexion, et dans ce cas, il ne fait pas râter une occasion de l’entendre.
Mais limitons nos attentes ! Si rien ne vient ou si ce qui vient est décevant, ce n’est pas grave : ce n’est pas un problème et vous n’êtes pas une coquille vide pour autant. Et plus important encore, votre cas n’est pas désespéré car notre capacité à rêver ne s’autodétruit pas avec l’âge, et ce sera avec vos envies, vos valeurs, vos talents et votre sagesse d’aujourd’hui qu’il suffira de construire votre prochain projet professionnel, celui où vous vous épanouirez enfin.

Retour haut de page